« Il y a quarante ans, nous quittions les brumes gelées de Longwy. C’était une habitude familiale de changer d’horizon, suivre mon père de chantier en chantier, de cité ouvrière en trou perdu. Celui-ci avait l’avantage de l’exotisme : Moanda. Quelque part en Afrique, près de l’équateur. De nouvelles mines de manganèse et d’uranium, un téléphérique à construire. Deux années de brousse, de chaleur et de beauté. J’y reviens aujourd’hui solitaire. Je ne sais ce qui m’attire dans cette obsession de remonter le temps : arpenter l’illusion de ma propre histoire ou affronter la nostalgie d’un rêve essoufflé ? » René Tanguy.
Il est question de retourner sur les lieux de l’enfance, ceux de ce village d’Afrique, au Gabon où René Tanguy a vécu il y a plus de quarante ans. C’est là que sont nées ses premières émotions, où se sont initiés ses premiers rêves d’avenir, avant que ceux-ci, au fil du temps, ne soient remplacés par les souvenirs d’adulte. La mémoire se confronte aussi à l’histoire, la sienne et celle collective de ce pays d’accueil. Il y est question de disparition, celle de son enfance, mais aussi de puissance, celle de la vie qui s’écrit dans la permanence du temps.
René Tanguy partage la pratique de sa photographie entre commandes institutionnelles, collaborations avec la presse et recherches personnelles tournées vers la mémoire et l’ailleurs, voyage éthique et voyage intérieur, en y associant une réflexion sur sa propre histoire. Son dernier ouvrage, "Le Chemin de Cécité", a été publié par les éditions Filigranes.